Pigpen cipher : définition et utilisation

L’article en bref

Idées principales Détails et contexte
📜 Origines mystérieuses Remonter aux traditions hébraïques et Kabbale du XVIe siècle.
🔐 Système de substitution géométrique Remplacer chaque lettre par un symbole anguleux avec ou sans point central.
🏛️ Adoption par francs-maçons Utiliser pour protéger rituels et registres au XVIIIe siècle dans les loges.
⚓ Légende de La Buse Olivier Levasseur jette un cryptogramme avant d’être pendu en 1730.
🎮 Popularité contemporaine Intégrer dans escape games, chasses au trésor et jeux pédagogiques pour enfants.
🔤 Quatre grilles distinctes Couvrir 26 caractères : deux carrées et deux en croix, moitié pointées.

Un pirate sur l’échafaud, un message chiffré lancé à la foule, un trésor toujours introuvable. Le 7 juillet 1730, Olivier Levasseur « La Buse » est pendu à Saint-Paul, et c’est ainsi que le Pigpen cipher entre dans la légende. Ce code discret, fait de segments et de points, passionne depuis des siècles — et aujourd’hui encore, on le retrouve dans les escape games, les chasses au trésor et les jeux de piste. Alors, qu’est-ce que c’est vraiment ?

Ce qu’est vraiment le Pigpen cipher : principe et fonctionnement

Le Pigpen cipher (aussi appelé chiffre maçonnique) est un système de chiffrement par substitution monoalphabétique : chaque lettre de l’alphabet est remplacée par un symbole géométrique. Pas de calcul complexe, pas d’algorithme tordu. Juste des formes, des angles et des points. Le nom vient de la ressemblance des grilles utilisées avec des enclos à cochons vus du dessus. Oui, des parcs à porcs. C’est aussi simple — et aussi malin — que ça.

Le système repose sur quatre grilles distinctes. La première est une grille carrée de 3×3 cases, sans point, qui contient les lettres A à I. Chaque lettre est représentée par le contour de la case qui l’entoure. La deuxième grille est identique, mais avec un point central — elle couvre les lettres J à R. Ensuite viennent deux grilles en forme de croix (ou X) : une sans point pour S à V, une avec point pour W à Z. Au total, le système compte un maximum de 26 caractères distincts, et environ 50% des symboles portent un point.

Visuellement, un message chiffré ressemble à un labyrinthe anguleux parsemé de points. C’est précisément ce look qui le rend si populaire dans les scénarios d’escape game et modèles de jeu à télécharger : il est immédiatement reconnaissable, mysterious juste ce qu’il faut, et abordable même aux plus jeunes joueurs.

Grille Lettres couvertes Forme Point ?
Carrée 3×3 A à I Carré Non
Carrée 3×3 pointée J à R Carré Oui
Croix (X) S à V Croix diagonale Non
Croix (X) pointée W à Z Croix diagonale Oui

Côté sécurité, soyons honnêtes : le Pigpen cipher n’offre qu’une protection très limitée. Une simple analyse de fréquence suffit à le casser. Ce n’est pas un système militaire — c’est un code de fraternité, de jeu, de transmission symbolique. Et c’est là toute sa beauté.

Comment identifier un message chiffré en Pigpen

Tu repères un Pigpen à coup sûr si le message ne contient que des symboles anguleux, si environ la moitié porte un point, et si le nombre de glyphes distincts ne dépasse pas 26. Un air de labyrinthe, des angles droits partout — c’est lui. La présence de termes comme « enclos », « ferme » ou « portail » dans le contexte est aussi un indice rigolo (et assez rare, il faut l’avouer).

Des templiers aux francs-maçons : une histoire pleine de mystères

Les origines du chiffre remontent aux traditions hébraïques et à la Kabbale. Heinrich Cornelius Agrippa von Nettelsheim décrit un système primitif basé sur l’alphabet hébreu dans son ouvrage De occulta philosophia, publié à Cologne en 1533. Ce texte fondateur sera repris dans le Traict des chiffres, ou secretes manieres d’escrire de Blaise de Vigenère à Paris en 1586, puis dans le Cryptomenytices et Cryptographiae, Libri IX de Gustavus Selenus en 1624. Des auteurs comme Helena Blavatsky et S. L. MacGregor Mathers sont aussi associés à des descriptions du code.

Les rosicruciens et Rose-Croix l’adoptent au XVIe siècle, davantage pour sa dimension symbolique et religieuse que pour sa robustesse cryptographique. L’auteur Dave Thompson avance même l’hypothèse d’une utilisation par les Templiers — une variante basée sur la croix des huit béatitudes leur aurait servi à chiffrer les lettres de crédit circulant entre leurs quelque 9 000 commanderies. Cette affirmation reste discutée, mais avouons-le, elle donne une sacrée allure à ce petit code géométrique.

C’est au XVIIIe siècle que la Franc-maçonnerie popularise vraiment le chiffre. Les loges l’utilisent pour consigner leurs rituels, protéger leurs registres et communiquer entre responsables. Ce lien si fort lui vaut le surnom de « chiffre maçonnique ». Pour concevoir une énigme logique sans support numérique, le Pigpen reste d’ailleurs une base idéale : papier, crayon, grille — et c’est parti.

La Buse, Brierley et les usages historiques marquants

Le pirate Olivier Levasseur, dit « La Buse » (vers 1680–1730), lance un cryptogramme à la foule avant d’être pendu. Une variante du Pigpen — répertoriée comme variante numéro 8, l’« Alphabet de La Buse » — est à la croisée de l’énigme. Le message, même partiellement traduit, reste hermétique. Le trésor ? Toujours pas retrouvé. (Bonne chance à ceux qui cherchent encore.)

L’autre cas historique attirant est celui de Thomas Brierley (1785–1855), franc-maçon du Grand Manchester. Sur sa pierre tombale, cinq variantes variées du Pigpen sont gravées, mêlées à des symboles maçonniques. L’épitaphe s’ouvre sur « Thomas Brierley fit son entrée le 16 juillet 1785 » et se conclut par « Sainteté au Seigneur ». Pendant des décennies, cette inscription a résisté aux historiens. Pendant la guerre d’indépendance américaine, le chiffre apparaît également dans des manuels militaires et dans la documentation de l’armée de George Washington. Bref, ce petit code a voyagé.

Variantes, héritages et usages contemporains

Il existe au moins huit variantes répertoriées du Pigpen, allant de la version originale (#0, ordre ABCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZ) à l’Alphabet de La Buse (#8), en passant par le Sandi Kotak indonésien (#5) ou la variante d’Agrippa (#7). Certains systèmes remplacent les points par de courtes lignes — comme le Newark Cipher — pour multiplier visuellement les symboles disponibles.

Historiquement lié au Système Lana, un codage pour aveugles considéré comme l’un des ancêtres du Braille, le Pigpen dépasse donc largement son cadre maçonnique. Aujourd’hui, il s’invite dans les jeux d’évasion, les chasses au trésor, les livres pédagogiques pour enfants et même les polices de caractères numériques. C’est l’un des codes secrets les plus accessibles qui soit — et franchement, essayer de chiffrer son propre prénom avec ce système, ça reste un sacré moment de fun.


Sources externes consultées : blog escape game

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